L'art du sophisme, où les aventures de Hwang-gung

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L'art du sophisme, où les aventures de Hwang-gung

Gepetto
‘ La nature a horreur du vide. ‘

Ainsi pensait Geomchi 221 tout en s’extirpant de devant l’écran où les images défilaient toujours.

Il y avait eu un flash de lumière où l’ombre féline d’un prédateur en pleine chasse avait saisie la rétine de Hwang-gung. Puis, il était resté transi, debout devant l’écran pendant un temps indéterminé.

Hwang-gung regardait rarement la télévision. En fait, il serait plus rapide de dire que son temps était entièrement consacré à la pratique des arts martiaux depuis déjà plusieurs années. Toutes les activités qu’il entreprenait étaient, de près ou de loin, liées à la pratique de la voie de la l’illumination.

Ainsi ce jour, Hwang-gung était en chemin pour l’ancienne librairie où il trouvait les traités bouddhistes antiques qui rappelaient les vertus de la pureté, quant il dû s’avancer dans une rue commerçante où de nombreux magasins proposaient les derniers produits de la technologie.

Là, en passant devant une série d’écran tous plus grands et plus plats que les autres, il avait été accroché par un reportage qui parlait de l’évolution des espèces et de son lien intrinsèque avec son environnement.

C’était avec l’esprit troublé qu’il se dirigeait alors vers la rivière toute proche qui traversait le quartier. Après avoir descendu un sentier qui contournait l’entrée d’un pont, il s’assit sur une berge où quelques roseaux se balançaient au vent. Les multiples barques des vendeurs flottants étaient positionnées en amont du cours d’eau, où des pontons avaient été emménagés sur les berges.

‘ La nature a horreur du vide’. S’étonnait encore Hwang-gung.

Il entendit alors un clapotement dans l’eau qui attira son regard. Là, il vit un canard qui s’avançait fièrement dans l’eau, tout en barbotant son bec de temps à autre comme s’il se saisissait de petits insectes à la surface de l’étendue cristalline.

Le cours d’eau était plutôt calme malgré l’agitation des hommes plus en amont. Et la nage de l’anatidé ne troublait aucunement la douce mélopée du courant qui animait les flots.

Le canard releva alors la tête, et son regard sembla se fixer sur Hwang-gung qui sortait de sa rêverie.

Puis, il replongea son bec dans l’eau et tout relevant son long cou vert et doré, il projeta en l’air des dizaines de gouttelettes d’eau qui étincelaient dans la lumière. Il ponctua les tremblements de son coup par un cri rauque tout en balançant sa tête de gauche à droite.

Puis son regard sembla de nouveau fixer Hwang-gung.

Celui-ci encore sonné des fulgurances qu’il venait de vivre, regardait le joli petit canard comme on regardait l’ombre d’un arbre dont les branches sont secoués par le vent, sans vraiment le voir.

Les fumeroles de ses rêveries se dissipaient lentement, et Hwang-gung remarqua le manège du canard qui maintenant plongeait carrément tout le haut de son corps, faisant ressortir son croupion plumé qui lui aussi faisait voler en l’air de minuscules gouttes d’eau avec une sorte de furieux déhanchement.

Hwang-gung fronça des sourcils devant ce spectacle. D’habitude, il contemplait la nature d’un œil bienveillant, mais aujourd’hui la scène qui se déroulait devant ses yeux le troublait au plus haut point.

Il faillit se saisir d’une pierre pour faire fuir l’inopportun. Mais il se ravisa très vite en pensant aux cinq vertus. Néanmoins, il était de plus en plus contrarié alors qu’il s’était senti en communion avec la nature il n’y avait pas encore 5 minutes.

Il décida de ne plus faire attention au volatile qui commençait vraiment à s’agiter.

Hwang-gung arracha une tige d’herbe sauvage qui dépassait d’une motte, fourra son extrémité dans sa bouche, et s’allongea nonchalamment sur la pente herbeuse.

Son regard se fixa sur les quelques nuages qui dessinait des formes indécises dans le ciel émeraude.

Le vent semblait être plutôt fort en altitude car les nuages changeaient rapidement de forme, se mouvaient en se mêlant aux autres pour ensuite s’éparpiller dans des brumes cotonneuses qui reflétaient les rayons du soleil.
Hwang-gung se perdit de nouveau dans ses pensées. Une légère brise secouait la cime des arbres, et les cliquetis dans l’eau accentuaient l’effet hypnotisant de la plénitude de l’instant.

Tout d’un coup, un héron blanc traversa le champ de vision de Hwang-gung. Et avec ça, les cliquetis de l’eau s’étaient changés en véritables éclaboussures qui se mêlaient aux cris rauques du canard.

Hwang-gung regarda surpris en direction du vacarme, et vit le canard qui semblait comme courir sur l’eau. Celui-ci trouva refuge dans une touffe de roseau un peu plus en aval, et le tumulte se tût comme il était arrivé.
Hwang-gung releva la tête et vit le héron faire un cercle dans le ciel tout en descendant vers le sol.

Puis, le héron se remit à battre soudainement des ailes, et il s’éloigna à nouveau pendant qu’un nouveau héron, gris cette fois, traversa à toute vitesse comme s’il chassait après son congénère.

La scène s’était déroulée en moins d’une minute. Mais elle était quand même passée sur Hwang-gung comme une brise sur les rizières.

A ce moment là, des images de la flore africaine flashaient dans l’esprit de Hwang-gung.

Après le temps nécessaire pour qu’un bâton d’encens se consume entièrement, Hwang-gung se releva lentement. Puis, il épousseta soigneusement sa tunique tout en crachant la brindille qui s’était attardée dans sa bouche.

Sans prévenir, Hwang-gung s’élança vers le bosquet de roseaux. Il bondit en l’air dans un souffle, lança un coup de pied en rotation pendant que son corps se courbait. Les roseaux s’écartèrent face au puissant coup du pratiquant d’art martial, et en un éclair, la main de Hwang-gung s’était déjà rétractée de l’amalgame de plantes vertes.

Hwang-gung s’éloigna alors tranquillement du cours d’eau. Le cou brisé du canard se balançait dans sa paume, et les plumes luisantes du canard étaient maintenant toutes ébouriffées.

‘ Heureusement que la nature a horreur du vide. Au moment où j’ai commencé à avoir faim, ce petit canard est apparu. Ou peut-être était-ce un signe ?... ’

Fin.

voilà c'était une petite allégorie (un peu cynique) avec en scène un des geomchis, sur un célèbre conte zen "les 2 canards mandarins et le samouraï".